J'étais là, tu vois, lui à côte de moi.
On avait 6 ans. On jouait comme
des enfants au docteur. Au
docteur. J'étais là je voyais sur son
corps les plaies, les marques, les
bleus. J'en croyais pas mes yeux.
Mes yeux. Et lui qui me disait j'suis
un dur, tu vois les brûlures, là, sur
mes bras j'les sens pas. J'les sens
pas. J'étais là, j'ai rien dit. Et puis
j'suis partie de chez lui. Si j'y suis
retournée ? Plus jamais. Plus
jamais. J'étais là, comme lui,
j'avais 15 ans à peine. On était dans la cave chez ses parents. Je l'aimais tant. Faut dire qu'il était beau.
Mais il se piquait mon héros, a l'hero. J'étais là quand sa mère est venue me dire c'est fini, on l'enterre
lundi. Lundi. J'ai pleuré biensur, j'ai pleuré. Puis j'ai recommencé à traîner dehors. Dehors. J'étais là en
octobre 80, après la bombe à Copernic. Oui j'étais à la manif. Avec tous mes copains. J'étais là souvent
qu'on n'y comprenais rien. Mais on trouvait ça bien. Ca bien. Oui j'étais là pour aider, pour le sida, les sans
papiers. J'ai chanté. Chanté. Sûr que j'étais là pour faire la fête ! Et j'ai levé mon verre à ceux qui n'ont
plus rien. Encore un verre on n'y peut rien. J'étais là devant ma télé a 20 heures. J'ai vu le monde s'agiter.
S'agiter. J'étais là, je savais tout de la Somalie du Bangladesh et du Rwanda. J'étais là. J'ai bien vu le sort
que le Nord réserve au Sud. Bien compris le mépris ! J'étais là pour compter les morts. J'étais là et je n'ai
rien fait. Et je n'ai rien fait. J'étais là, pourtant j'étais là. Et je n'ai rien fait. Je n'ai rien fait.